Pourquoi la loi d’urgence agricole (LUA) ne va rien résoudre

Pourquoi la loi d’urgence agricole (LUA) ne va rien résoudre

Présentée comme une réponse à la colère agricole, la Loi d’Urgence agricole a été votée par l’Assemblée nationale le mardi 2 juin 2026, moins d’un an après la Loi d’Orientation et d’Avenir Agricole (LOAA) et la proposition de loi visant à lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur (dite « Loi Duplomb »). 

 Censée protéger les agriculteurs de la concurrence déloyale, soutenir leur revenu ou simplifier les conditions d’installations, ce texte n' est pas à la hauteur des problèmes que rencontre le monde agricole, et risque même parfois d'empirer la situation. 

 Son examen au Sénat aura lieu courant juin, examen qui risque de faire empirer les choses, le sénateur Les Républicains Laurent Duplomb, fidèle relais de la FNSEA, ayant été nommé rapporteur pour le volet eau, avec l’ambition de pousser plus loin l’irrigation...

"Débats houleux, coups de théâtre et étranges disparitions : l’Assemblée nationale donne son feu vert à la loi d’urgence agricole" par le média VERT, ici

« On va crever avec ce modèle » : les 5 reculs majeurs de la loi d’urgence agricole par Reporterre, ici

"Loi d'Urgence Agricole adoptée : la Fondation se positionne" décryptage des grandes orientations de la LUA par la Fondation pour la Nature et l'Homme(FNH), ici

Navette parlementaire sur la loi d’urgence agricole : Le gigantesque renoncement écologique et sanitaire du sénat

Navette parlementaire sur la loi d’urgence agricole : Le gigantesque renoncement écologique et sanitaire du sénat

Le sénat a adopté en première lecture (par 219 voix contre 111) le projet de loi d'urgence agricole largement remanié sous l'impulsion majoritaire de la droite et des centristes en réintroduisant le recours à certains néonicotinoïdes (acétamipride et flupyradifurone) et en assouplissant les conditions de stockage de l'eau 

Malgré le tollé populaire et scientifique qu'avait sucité la loi Duplomb en 2025 et qui avait était censurée en partie par le conseil constitutionnel, la droite sénatoriale et centriste a permis le retour dans le LUA (loi d'urgence agricole) de l'acétamipride et du flupyradifurone, deux insecticides extrêmement controversés, qui par leurs effets et leur persistance dans l'environnement induisent un risque majeur sur la biodiversité notamment celle des pollinisateurs mais aussi sur la santé humaine avec des effets neurotoxiques délétères bien établis.

Le sujet sur la gestion du stockage de l'eau a provoqué de vives réactions notamment sur la question de la gouvernance des CLE (commissions locales de l'eau) chargées d'élaborer et d'arbitrer l'utilisation de l'eau sur un bassin hydrographique donné, mais aussi sur le sujet du doublement des capacités de stockage d'ici 2035 pour l'usage agricole, jugé "pharaonique" et trop proche d'un modèle agricole espagnol à ne surtout pas suivre, considéré comme incompatible avec les autres usages de l'eau qui doit être considérée comme un bien commun et comme garante de notre biodiversité et permettant un cycle naturel de l'eau efficient, composantes essentielles contre le risque climatique.   

 Le gouvernement ayant engagé la procédure accélérée sur le texte de la LUA, il sera ensuite discuté en commission mixte paritaire, à huis clos, par sept députés et sept sénateurs, avant de repasser à l'Assemblée nationale et au Sénat pour un vote final, sans que le texte ne puisse être modifié par les parlementaires. Vous pouvez interpellez les députés par le biais de la pétition mise en ligne sur le site de l'assemblée Nationale par Alexandre Balasse ingénieur agronome, où les différents points critiques de cette loi sont bien mis en avant. (à lire dans le lien plus bas)

Acétamipride et Flupyradifurone, le vrai du faux par Générations futures ici

"Laurent Duplomb et le Sénat veulent le réautoriser : révélations sur le flupyradifurone, cet autre pesticide «tueur d’abeilles»" par Vert ici

"Non à la loi d'urgence agricole", pétition sur le site de l'Assemblée Nationale ici 

La climatisation, une mal-adaptation face au réchauffement climatique (suite)

La climatisation, une mal-adaptation face au réchauffement climatique (suite)

 Quelles sont les alternatives viables à la climatisation en cas de canicule ?

Au vu des chaleurs qui nous attendent, il sera de plus en plus difficile de se passer entièrement de la climatisation. Ce qui ne veut pas dire bien-sur qu’il faudra en mettre partout et tout le temps (Cf: Nouvelle de Karotte du 23 juin)

Avant d’y recourir, de nombreux autres dispositifs peuvent être mis en place. Ventilateurs, brasseurs d'air, isolation des logements, protections solaires, végétalisation… Jusqu’où peut-on se passer de la clim sans suffoquer ? Quelles sont les solutions alternatives à privilégier ? 

Canicule : quelles sont les alternatives viables à la climatisation ? article de "Bon Pote" qui fait le point ici 

La climatisation : une mal-adaptation face au réchauffement climatique

La climatisation : une mal-adaptation face au réchauffement climatique

Avec des épisodes caniculaires de plus en plus fréquents et de plus en plus étouffants notamment en agglomération urbaine dense avec le phénomène des îlots de chaleur, un quart des ménages français s'est équipé de climatiseurs en 2026, contre 14% en 2016, selon l'Ademe. Pourtant, les climatisations aggravent le problème du réchauffement climatique.

 Selon une estimation de l'ADEME, (l'Agence internationale de l'énergie)  le nombre de climatiseurs dans le monde pourrait passer de 1,6 milliard d'unités à 5,6 milliards d'ici 2050… ce qui équivaudra, en matière de consommation d'électricité, à la consommation actuelle, tous secteurs confondus, de la Chine...

La mal-adaptation au réchauffement climatique consiste à utiliser une solution qui empire le problème contre lequel on entend lutter. Cette notion un peu nouvelle comporte aussi un aspect social quand le bien commun est menacé, c’est-à-dire que cela profite à certains au détriment des autres. 

"La climatisation coche toutes les cases"

Tribune de Jacques Ferrier, architecte : « La ville de demain ne peut pas être une succession de refuges climatisés reliés par des espaces extérieurs devenus hostiles »

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Hyper-optimisation et performance versus principe de robustesse : quand le vivant nous enseigne la voie de la sous optimalité pour la viabilité à long terme

Hyper-optimisation et performance versus principe de robustesse : quand le vivant nous enseigne la voie de la sous optimalité pour la viabilité à long terme

Olivier Hamant, biologiste et directeur de recherche à l'INRAE et de l’Institut Michel Serres, s’intéresse depuis plusieurs années à la notion de robustesse, tant dans les systèmes biologiques que dans les organisations humaines. À travers ses recherches sur le développement des plantes et ses réflexions sur les défis contemporains, Hamant remet en question notre obsession pour l’optimisation et l’efficacité à tout prix. Il propose ainsi la robustesse comme un nouveau paradigme, inspiré des systèmes vivants, pour remplacer le culte de la performance, favorisant l'adaptabilité et la durabilité face aux incertitudes.

Dans un monde de plus en plus fluctuant, nous devons tourner le dos à la recherche de performance qui fragilise nos organisations. Nous ne pourrons jamais prévoir l'avenir, mais devons rester adaptables à toute situation.  

Olivier Hamant insiste ainsi sur un constat largement partagé par les scientifiques et les organisations internationales : le XXIe siècle est un monde en polycrise, marqué par des fluctuations multiples et interconnectées. Ces crises ne sont plus des événements isolés, mais des perturbations simultanées touchant des domaines aussi divers que le climat, l’économie, la société et la géopolitique.

Ces crises ne sont pas des anomalies, mais des manifestations d’un système global en déséquilibre structurel. Selon Hamant, la caractéristique principale de notre époque est l’entrée dans un monde de fluctuations constantes, où la stabilité du passé cède la place à l’incertitude. Les grands rapports internationaux, qu’ils viennent de la CIA, de l’OCDE ou du Forum Économique Mondial, s’accordent sur cette réalité : le siècle à venir sera marqué par des perturbations croissantes et imprévisibles, un phénomène que l’on décrit parfois sous le terme de « polycrise ».

Dans un tel contexte, les systèmes hyper-optimisés pour la performance sont particulièrement fragiles. Leur concentration sur l’efficacité maximale les rend incapables de s’adapter aux changements soudains ou imprévus. Ces crises actuelles révèlent donc la vulnérabilité intrinsèque des systèmes que nous avons créés, et appellent à une reconfiguration urgente vers des modèles plus robustes, capables de résister aux chocs multiples et complexes de notre époque. Nos organisations ont besoin de jeu, de marge de manoeuvre pour s'adapter continuellement. Pour façonner un système robuste, il faut écouter et intégrer tous les points de vue, s'enrichir des diversités, des incohérences, fonctionner en sous-optimalité.

Olivier Hamant propose un changement radical de paradigme : abandonner la performance comme objectif ultime pour embrasser la robustesse et la résilience. Cette approche, inspirée par les mécanismes de la nature, pourrait être la clé pour construire des sociétés capables de résister aux chocs à venir et d’assurer une transition durable vers un monde plus stable.

Vers un monde fluctuant : Repenser la robustesse face à la fin de la performance, un article très complet de "Les transitions.fr"

Souhaitons-nous de la robustesse? un podcast La Terre au carré de France inter (lire l'intro écrite avant de jouer la vidéo ou la bande son)